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Critiques ciné

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Petits  suicides entre amis

(Wristcutters: A Love Story) USA/G.-B. 2006. Réal. : Goran Dukic. Scén.: Goran Dukic d'après la nouvelle d'Etgar Keret. Prod.: Chris Coen, Tatiana Kelly, Mikal P. Lazarev, Adam Sherman. Photo : Vanja Cernjul. Dec.: Linda Sena. Musique : Bobby Johnston. Maquillages spéciaux : Robert Hall. Effets spéciaux : Robert Garrigus, Joseph Jenkins. Effets visuels : Chris Dawson. Dist.: Kanibal. 1h24. Avec Patrick Fugit, Shannyn Sossamon, Tom Waits, Shea Whigham, Abraham Benrubi. SORTIE : 4 AOUT 2010.



Parce que sa petite amie l'a quitté, Zia décide de se couper les veines. Il se retrouve dans un purgatoire réservé aux suicidés, où il mène une vie terriblement terre à terre et proche de celle qu'il avait ici-bas en compagnie de son ami Eugene, jusqu'à sa rencontre avec la belle Mikal, qui exige de rencontrer les autorités compétentes, affirmant qu'elle n'a rien à faire dans ce monde. Zia, Mikal et Eugene se lance sur les routes, à la recherche d'une solution.

Petits   suicides entre amis


Le monde plutôt bien balisé sur cinéma de genre voit parfois débarquer un ovni aussi inattendu qu'inclassable. Cela peut être un film de SF brisant le tabou de l'inceste (Splice), un zombie movie décalé (Shaun of the Dead, Fido, Bienvenue à Zombieland), un drame cauchemardesque sur le deuil impossible (Vinyan). Ici, on pourrait rattacher le métrage en question à Shaun of the Dead pour le portrait doux amer d'anti-héros attachants et à Zombieland pour le voyage sur des routes bien plus drôles et légère que le monde qu'il nous fait traverser. Baigné d'un humour aigre doux, moquant gentiment les laissés pour compte et autres parias de la société, qui disparaissent sans laisser de souvenir derrière eux, le film de Goran Dukic est un road movie fort sympathique, comme le cinéma indépendant américain en offre régulièrement, sur tous les tons et dans tous les registres, du zombie movie, donc, à la comédie dramatique familiale (Little Miss Sunshine), le thriller sociétal (Tueurs nés), la SF (L'Homme bicentenaire) et même l'animation (Volt). C'est que le pays s'y prête parfaitement, aussi bien géographiquement que sociologiquement, la voiture étant un incontournable qui fait l'Américain comme la baguette ferait le Français. Ces immenses paysages quasi désertiques conviennent à bien des pays, à toutes les époques, et permettent au film de toucher également tous les spectateurs du monde, tout comme l'universalité de son thème central, celui de la quête infinie d'amour, y compris par delà la mort. L'amour qui ne va pas sans drame, propice, on le sait, aux meilleurs traits d'humour.

Petits   suicides entre amis

On retrouve ici avec grand plaisir la charmante Shannyn Sossamon (Chevalier !, Catacombes, One Missed Call), Evra Fugit (dans un registre de has-been proche de celui du garçon serpent de L'Assistant du vampire), Shea Whigham (le bandit dans Splinter) et bien entendu Tom Waits ainsi que Will Arnett (qui tient un rôle rappelant celui qu'il occupait dans la série Arrested Development et qui a prêté sa voix aux Chaînon manquant dans Monstres contre Aliens). Tous ces acteurs donnent son âme au film, sa poésie déglinguée, sa réalité alternative qui ressemble à celle que Pixar prête par exemple au monde des jouets dans Toy Story, Goran Dukic s'intéressant à un monde qui serait en revanche celui des morts. Tous ont mis fin à leurs jours, pour des raisons diverses, et continuent de mener une existence sans grand relief, car ce passage à l'acte ne les a pas fondamentalement métamorphosés. Il faudra donc qu'une étincelle mette le feu aux poudres, ou qu'un grain de sable vienne gripper la mécanique branlante de ce monde de misère, celui que l'Amérique réserve à ceux qui ne se reconnaissent pas forcément dans le culte de l'argent, et qui préfèrent chercher des miracles, ces petites choses impossibles qui ne se produisent que quand elles ne servent vraiment à rien, comme le dit ce film, bien plus malin et poétique que son titre (français comme américain) ne parvient à le laisser entendre.
Yann Lebecque

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