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Critiques ciné

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Grace

USA. 2009. Réal. : Paul Solet. Scén.: Paul Solet. Prod.: Kevin DeWalt, Adam Green, Cory Neal, Ingo Volkammer. Photo : Zoran Popovic. Dec.: Martina Buckley. Musique : Austin Wintory. Effets spéciaux : Wade Maurer, Neil Morrill. Effets visuels : Colin Hubick, Kevin Kutchaver.Dist.: Kanibal. 1h25. Avec Jordan Ladd, Gabrielle Rose, Serge Houde, Samantha Ferris. SORTIE : 4 AOUT 2010.


Après un accident de voiture, Madeline apprend que la petite fille qu'elle attendait est morte. Elle décide cependant de poursuivre la grossesse jusqu'à son terme… Où un "miracle" se produit : la petite Grace ressuscite. Le bonheur sera de courte durée.

Grace

L'horreur – tout comme le cinéma de genre dans son ensemble – permet d'aborder idéalement tous les tabous de la société, évitant le choc frontal en passant par la bande grâce à des paraboles limpides. L'angoisse de la grossesse, l'inquiétude permanente des parents aux premiers jours de vie de l'enfant, l'invasion inévitable de la belle famille dans le cercle intime, tous ces sujets sont abordés ici à travers le calvaire de Madeline dont la petite Grace va tirer, au sens propre, le moyen de subsistance. Car si la petite enfant semble être un ange, elle n'en demeure pas moins accro au sang maternel, incapable d'ingérer autre chose que de l'hémoglobine humaine pour survivre. N'occupant jamais le centre de l'image, ce "petit monstre" plus angoissant qu'à l'habitude, laisse planer l'angoisse durant tout le film, contraignant sa mère à l'isolement, elle qui a déjà perdu son mari dans l'accident de voiture. Dépassée par les événements, devant lutter contre une belle-mère opposée aux "méthodes modernes" d'accouchement et d'éduction, elle vit cloitrée chez elle, recluse dans son monde cauchemardesque fait d'insomnie et d'esclavagisme.
C'est bien évidemment une vision poussée à l'extrême de la dépression post-partum que nous voyons là, un cauchemar pour exorciser ces premières semaines si difficiles, et au-delà, pour conjurer l'angoisse de voir mourir son enfant. Peu de film brisent le tabou de la maternité de façon aussi crue, l'horreur clinique de l'accouchement rappelant le cauchemar de la fausse-couche ouvrant le terrible Esther, mais poursuivant dans cette veine tout au long du métrage, jusqu'à une conclusion anthropophage assez révulsante. Le cinéma s'était déjà nourri du thème de la grossesse dans les années 70 et 80, avec des films comme Rosemary's Baby ou Chromosome 3, et même les essais plus récents (l'excellent À l'intérieur, par exemple) n'ont su montrer la maternité sous un jour aussi sauvage et instinctif.

Grace

Tout comme la petite Grace, ce film ne doit la vie qu'à la présence troublante de Jordan Ladd (Boulevard de la mort, Cabin Fever, Hostel II) qui trouve ici matière à exprimer le meilleur de son talent. Elle parvient à faire oublier les baisses de régime du film, soutenue par d'autres actrices formidables, incarnant la belle-mère et la sage-femme (Samantha Ferris), ancienne maîtresse tenue à l'écart par une infirmière jalouse, autant de mères incarnant ici le pouvoir et repoussant les hommes dans l'ombre, réduits à des marionnettes sans pouvoir, manipulés par ces matriarches qui ont, une fois de plus, pouvoir de vie et de mort sur nous tous. Cela suffit presque à faire oublier les défauts inévitables de ce premier long : la lenteur parfois somnifère de ce cauchemar éveillé (qui rappelle l'enfer des nuits blanches de Vera Farmiga dans Joshua), la photographie sans relief trahissant un tournage en numérique sans grands moyens et une bande-son trop étriquée. Heureusement, le talent de Paul Solet pour tisser des images d'épouvantes dans un réel sensible s'il en est parvient à captiver et à retourner l'estomac à l'occasion.
Yann Lebecque





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